vendredi 17 octobre 2014

Lecture : Même pas mort

J'avais eu le privilège de lire Janua Vera à l'état de manuscrit (et oui, y en a qui ont de la chance, je sais) et de faire donc partie des premières personnes à en savourer le verbe (c'est presque comme une chanson) et bien sûr les univers si bien contés.
J'avoue ne pas avoir encore exploré Gagner la guerre, et en finissant la lecture de ce roman, je m'aperçois de mon erreur.
Nous sommes en Gaule, chez les Bituriges. Bellovèse, fils de Sacrovèse, s'apprête à rejoindre l'Île des Vieilles, afin d'accomplir son destin. Car il n'est pas mort, alors qu'il aurait dû l'être, mortellement blessé lors d'un combat. Les druides lui demandent donc de se soumettre aux prophétesses de cette île, d'où nul n'est jamais revenu…

L'histoire ainsi présentée ne semble pas très folichonne. Bien qu'intrigué par cette histoire de vieilles enchanteresses, amazones, sorcières, qui ne semblent pas soumises aux mêmes lois que le reste du monde, on pourrait ne pas être attiré plus que cela. Et on passerait alors à côté d'un trésor.
Tout l'intérêt de ce roman, à mes yeux, réside dans la reconstitution d'une époque très souvent mal connue, du fait peut-être de la pauvreté des écrits du peuple gaulois lui-même, et du fait aussi je pense de la diversité et dissonance des tribus celtes. Quel bonheur de se glisser dans la peau de ce jeune biturige, de côtoyer les héros, bardes, reines et rois gaulois, d'explorer leurs coutumes et leurs croyances, le tout teinté d'une fantaisie si bien introduite et menée. Car l'on se sent plus proche d'une fiction historique que d'un récit de fantasy lorsque l'on démarre la lecture de ce roman. Des orphelins de père mis à l'écart par le méchant oncle usurpateur du trône, une mère revancharde rongée par la haine et pourtant mère aimante, des bardes aux mots de pouvoir et des héros guerriers prêts à en découdre, bouclier et lance aux poings. Mais là où cela devient encore plus intéressant, c'est lorsque l'auteur distille sa poudre de magie, par petites touches allant crescendo, des "vieilles" de l'île aux curieux habitants de la forêt, jusqu'au déroulement lui-même de l'histoire, contée par le personnage principal lui-même, et qui s'enroule et se déroule au gré du conteur, pour devenir lui-même un peu fantastique.
Le rythme n'est pas soutenu, ni trop lent non plus, il nous emmène et nous entraîne dans cette histoire ensorcelante sans nous perdre malgré le vent qui y souffle, les allées et venues dans le passé, et cette magie si réelle dans son irréel. Quant au verbe, il est égal aux autres récits de ce conteur, soutenu et digne d'un barde.
Et c'est là tout l'or de ce récit : illustré à merveilles ce que pouvait être un barde, ou tout du moins tel qu'il est présenté dans ce livre. Jean-Philippe Jaworski n'est pas un bon conteur, il détient le pouvoir des anciens celtes et nous offre la possibilité de s'en délecter à loisirs.
Seul bémol : la suite ne paraîtra qu'en février 2015 !


jeudi 9 octobre 2014

Dodu-velu-petit

Je parle peu des sorties d'album jeunesse, mais celui-ci est un peu mon chouchou (avec d'autres, bien sûr) :



Et j'en veux un, de dodu-velu-petit, à offrir à ma môman !!! Pas vous ?



mardi 23 septembre 2014

Lecture : Immortel


Dans le cadre de la nouvelle session du Club Sormand, je me suis plongée dans une étrange lecture, celle de ce roman pour le moins atypique et si fraîchement dépaysant. Eclipse est une ancienne maison d'édition devenue collection chez Panini books assez coutumière du fait : la publication de romans qui entraînent leurs lecteurs hors des sentiers battus. Et c'est bien agréable je dois dire. J'avoue que je n'aurais probablement pas tenté l'aventure sans le club mais je suis bien contente de cette expérience.

Maria Morevna a vu ses soeurs partirent de la maison aux bras d'hommes auparavant oiseaux. Elle a découvert l'existence d'un conseil de lutins de maisons derrière la cuisinière, alors lorsque l'Immortel Kotcheï vient demander sa main et l'enlève pour son pays du tsar de la vie, que pourrait-il arriver de plus étrange ? Avoir des amis rochers, carabine et dame blanche ? Accomplir les épreuves de la sorcière Baba Yaga ? Ou tout simplement survivre à la vie ou à la mort ?
Sur contexte de révolution russe, les contes et légendes russes traditionnels s'entremêlent et forment la trame serrée de cette histoire prenante et magique. L'héroïne oscille entre les 2 mondes : réel et imaginaire des contes sans plus distinguer l'un de l'autre lorsque le lecteur se perd aussi mais par la volonté même de l'auteur : la révolution synonyme de modernité est bien plutôt la mort des traditions ou l'illusion de sa mort. Car sous les dehors d'un nouveau monde, il ne s'agit en fait que le recommencement de la boucle qu'est l'histoire, pas celle avec un grand H mais celle des légendes qui se jouent sans fin, immortelles.

J'ai beaucoup aimé car cette histoire nous incite à nous plonger dans ces contes russes que je ne connaissais pas du tout. Riches, teintes d'un merveilleux particulier car empreints d'une ambiance propre à eux-mêmes, les contes nous immergent dans un monde cruel ne répondant qu'à sa propre logique. En somme, un conte quoi. Mais il est agréable d'explorer ceux d'une autre culture, loin de nos codes et de nos coutumes si familières. On y apprécie ce qu'on ne voit plus bien dans les nôtres, car trop rebattus, à savoir leur beauté parfois froide, une violence si attendue et si crue, et le rythme mélodique telle une rengaine, une comptine enfantine. C'est un peu comme un poème et l'auteur réussit son coup en nous le transcrivant teinté d'Histoire.
Une belle perle à lire pour connaître cet immortel.

mercredi 10 septembre 2014

Lecture : Lockwood & co.

Je me suis laissée tenter, comme cela peut m'arriver parfois, par une lecture jeunesse, disons adulescente, lesquelles me font très souvent passer un bon moment.

La lecture en question est un roman de Jonathan Stroud qui n'échappe pas à cette règle.

Afin de vous imprégner de son ambiance, et avant que je ne me lance dans un commentaire soporifique mais néanmoins intéressant (enfin j'espère !) quoi de mieux qu'un trailer tout spécialement concocté pour la sortie aujourd'hui même de ce premier tome, L'Escalier Hurleur :



Pour ma part, cela m'a fait penser à La Dame en noir, un roman adapté au cinéma il y a deux ans je crois et dont le personnage principal avait été incarné par Daniel Radcliffe. Une ambiance assez sombre, une histoire de manoir hanté, et bien sûr bien assaisonné de peur et d'angoisse.

Lucy est une adolescente vivant dans un Londres marqué par une époque frappée par un phénomène inexpliqué et pourtant bien réel : les fantômes existent ! Leur présence physique n'est perçue que par les enfants, les adultes ne ressentant qu'un malaise, selon la puissance du fantôme.
Lucy est un agent, un de ces enfants qui travaillent à débarrasser les lieux de fantômes envahissants et surtout dangereux. Elle travaillait jusqu'ici à la campagne mais, suite à un accident mortel, a fui la demeure familiale pour rejoindre la capitale. Là, elle se met en quête d'un travail dans une agence indépendante et tombe sur l'annonce de Lockwood & co, à la recherche d'un collaborateur…

J'ai essayé de vous dévoiler le moins de chose possible sur l'histoire, ce qui explique la pauvreté de mon synopsis. Mais ce serait gâché le plaisir que de vous en dire plus.
Nous ne sommes pas dans l'ambiance de La Dame en noir, car l'atmosphère y est plus légère et surtout les personnages y sont plus jeunes. On note également des pointes d'humour omniprésents qui rendent le tout bien agréable, moins terrorisant. Cela n'empêche pas certains passages d'être lus en retenant son souffle, les yeux quelque peu exorbités, naviguant à toute vitesse d'une ligne à l'autre pour connaître le dénouement de la scène angoissante. Le rythme oscille ainsi entre histoire personnelle des différents personnages, histoires de fantômes, action, sentiments, humour, angoisse.
C'est très bien dosé et l'écriture est fluide comme il faut. On se prête très rapidement au jeu au point d'en oublier qu'il s'agit d'un roman jeunesse (je sais, c'est biaisé pour mon cas désespéré d'enfant mal dégrossi). La fin est très bien et clôt l'histoire, tout en laissant échapper une petite ouverture sur le tome 2, très bien insinuée sans gâcher la fin ni même nous rendre l'attente insoutenable, juste assez pour nous mettre l'eau à la bouche. Quant aux personnages, ils sont très vite attachants, on voudrait d'ailleurs en connaître plus sur le fameux Lockwood et même sur ce bon bougre de Cubbins. Le personnage principal (ou que l'on pourrait qualifier comme tel) n'est d'ailleurs pas le narrateur, déplaçant ainsi le point de vue sur la note féminine du roman, un peu comme pour Sherlock Holmes. Ma comparaison peut d'ailleurs paraître farfelue ou bien présomptueuse mais elle n'est pourtant pas si saugrenue que ça : l'ambiance du Londres et ces histoires un peu angoissantes peuvent nous rapprocher de celle de Conan Doyle et de son personnage célèbre ; le Dr Watson relatant les enquêtes manifeste parfois son impuissance à sonder son mystérieux ami, tout comme Lucy est par moment interdite face aux réactions de Lockwood ; ce dernier présente également quelques traits du détective, son changement d'humeur imprévisible, son charisme qui lui permet de rallier ses collaborateurs sans grand effort, entre autres exemples.
Mais laissons là mon soporifique développement sans queue ni tête et revenons à l'essentiel : si vous cherchez à lire une bonne histoire de fantôme à la mode jeunesse, n'hésitez plus et foncez sur ce roman !

mardi 2 septembre 2014

Lecture : Bifteck


Pendant mes vacances, je lis rarement ou peu.
Ayant terminé Ours, un roman assez court déjà, je me suis lancée dans ce petit roman d'une centaine de pages, qui me faisait déjà de l'œil depuis un moment.

André Plomeur est le fils des Plomeur, une famille de boucher-charcutier de Quimper (Bretagne) depuis plusieurs générations. Ses premiers mots sont onglet, bavette, et bifteck, lorsque d'autres de son âge se limite à l'éternel "papa" ou "maman". Lorsqu'il arrive à l'âge de la puberté, il se découvre un talent qui peut paraître étonnant chez un boucher : il est véritablement ce que l'on pourrait qualifier en langage familier de "bon coup". Et voilà que la file d'attente chez Plomeur se met à enfler, car la chanceuse qui repart avec l'"araignée", la meilleure partie de viande de l'animal, a gagné un rendez-vous secret avec le fils, derrière l'église (si je me souviens bien), histoire de gagner le 7e ciel.

Je n'en dirai pas plus. La première moitié de l'ouvrage est fort sympathique et touchante. La fin dérive et le lecteur se perd un peu pour finalement se retrouver sur les dernières pages à deviner le pourquoi du comment qui termine ce texte de façon alambiquée et presque maladroite je trouve. On ne comprend pas vraiment le rapport avec l'histoire, et cette fin paraît quelque peu artificielle.
Je ne garderai donc que le meilleur, à savoir une histoire attendrissante sur la fibre paternelle. Pour ce qui est du reste, une petite déception.

lundi 1 septembre 2014

Lecture : Ours


Mon libraire m'en avait vanté toutes ses qualités dans un post scriptum à sa newsletter et j'avoue que ça m'avait mis l'eau à la bouche. Du coup, sitôt le salon du livre arrivé, je me suis précipitée (façon de parler bien sûr) au stand régional de la maison d'édition, L'Arbre Vengeur. Bon accueil et marques pages en cadeau je repars avec le trésor sous le bras. Bien entendu, comme d'habitude, je ne le lis pas de suite. J'attends le moment propice. Et ce fameux moment est arrivé. J'ai terminé la lecture de ce petit roman de 142 pages.
Ours n'a rien à voir avec une histoire à raconter aux enfants. C'est plutôt une histoire à conter aux adultes, tout fraîchement sortis de l'enfance, et même avec encore un orteil dedans.

À Buenos Aires, les enfants sont frappés d'insomnie incurable qui rend la vie de leurs parents impossibles. Mais il existe un remède, sous la forme d'un ours en peluche qui aide les enfants à s'endormir. Une jeune mère part en quête de ce miracle, mais elle fait très vite face à la dure réalité des miracles : ils sont rares et difficiles voire impossibles à atteindre. Dans le magasin de jouets où elle se résout à repartir bredouille, elle trouve un ours en peluche qu'elle pense être le fameux Doux Dodo dans un bac à l'écart. La vendeuse lui rétorque que ce jouet n'est pas à vendre car défectueux. Mais la mère désespérée décide de le voler... Comme vous l'aurez deviné, l'ours en peluche ainsi volé est totalement diabolique.

Alors non, ce n'est pas non plus un livre d'horreur et l'ours ne va pas chercher à tuer l'enfant (j'entends déjà des "dommage !" au fond). Il va simplement faire l'inverse de ce pour quoi la mère l'a subtilisé, à savoir empêché l'enfant de s'endormir. Comment ? En lui racontant des histoires. Et c'est ainsi que l'on apprend comment les enfants de Buenos Aires ont été frappés d'insomnie. Il y a des ours, des ogres, des grenouilles et des baisers A. C'est sympathique et frais, c'est assez drôle et sans prétention. C'est à découvrir absolument. Les pages se tournent toutes seules et le ton est léger, l'écriture bien tournée. On compatit avec la mère, on tremble face à l'ogre et on apprécie Esméralda la grenouille. C'est très agréable et surtout ça change, apporte un peu de renouveau dans les lectures.
 À lire !

vendredi 8 août 2014

Lecture : Âmes perdues


Lors du premier événement de CaroLire, qui consistait à HallowLire et invitait les participants à offrir un livre qui fait peur à la personne de son choix, à l'occasion d'Halloween, Caro m'avait proposé de lire ce livre de Poppy Z. Brite.
Il m'a fallu un 2e événement de CaroLire pour me plonger définitivement dans sa lecture que je qualifierai de mouvementé.

Nothing est un adolescent, un enfant de la nuit, marqué des stigmates de la vague gothique.
Il se sent seul, incompris et décide d'aller retrouver les membres d'un groupe de rock qu'il a récemment découvert : les Lost Souls. Il fugue et part sur les routes sur lesquelles il ne va pas manquer rencontrer des êtres plus qu'étranges et excentriques, qui vont lui faire goûter à une vie complètement démente, de véritables "enfants de la nuit".

Je pense l'avoir lu un peu tard peur-être pour l'avoir pleinement apprécié. Si je l'avais lu ne serait-ce que dix ans plus tôt, voire même 15 ans plus tôt, j'aurai pu partager les émois des protagonistes. Cela dit, n'ayant pas traversé de période gothique pendant mon adolescence, ni même avoir touché à des substances plus ou moins planantes ne serait-ce que pour tester, j'aurai été tout aussi démunie et n'aurai pas plus partagé les ressentis de la plupart des protagonistes de cette histoire.
Ce roman m'a tout de même fait à nouveau goûter au "doux parfum" de ces années ingrates : l'impression de n'être pas tout à fait compris par les "vieux", cette colère qui nous habite sans jamais vraiment nous quitter et conditionne un comportement souvent excessif, que l'on regrette mais dix ans trop tard. Et ce désir d'être aimé et apprécié pour notre moi si spécial, nous poussant au paradoxe de nier cette originalité pour mieux se rapprocher des autres et appartenir à un groupe (nous rapprochant en cela de ce côté bestial qu'est la meute). Bref, l'auteur arrive quand même à transcrire toute cette étrangeté du passage de l'enfance à l'adolescence et celui de l'adolescence à l'adulte par le biais de métaphores souvent extrêmes du thème vampirique. C'est finalement assez bien fait même si la première partie m'a parfois énervé par ces caricatures trop poussées. À tel point que certains personnages en sont devenus très vite agaçants ! D'autres au contraire se sont vite fait aimés de par la finesse de leur caractère et de leurs traits, l'auteur ayant réussi à s'éloigner des lieux communs pour en faire de véritables personnes dans toute la complexité que cela implique. Mon préféré reste d'ailleurs le personnage de Ghost, que je trouve magnifique de beauté et de profondeur, petite lumière dans ce monde trop enténébré à mon goûts. 
Pour résumé la première partie est parfois un peu lourde et nous plonge dans un univers trop glauque et trop marqué par l'excès des adolescents. Mais si l'on tient bon, et l'écriture le permet aisément, on atteint la partie la plus intéressante et la plus poignante de cette histoire. 
Enfin je le recommande chaudement aux parents qui sont parfois perdus face aux réactions souvent incompréhensibles et inexpliqués de leurs bambins devenus ados : loin de leur faire accepter les excès de leur progéniture qui semble devenir folle, il a au moins le mérite de les éclairer sur leurs émois. 
À lire donc !